Les Bonnes

Comment inventer des procédés qui permettent de convoquer le présent entre acteurs et spectateurs, qui laissent un espace au trouble, au vertige ? Jouer à dénoncer la fiction, tout en brouillant les pistes. Donner à voir les mécanismes du théâtre.

Au sein du collectif, nous pensons qu’il est possible d’emmener le spectateur vers un imaginaire sans avoir forcément recours à des lumières ni à un décor. Nous plaçons le texte au centre. Notre travail d’interprétation consiste d’une part à enquêter sur le sens, à décrypter la musicalité de l’oeuvre poétique, d’autre part à fabriquer ensemble une écriture scénique “aérée“ qui, lors de la représentation, autorise des moments de vacillement, de dérapage dans le réel. Ce qui nous attire dans Les Bonnes, ce sont « les heurts brutaux des tons et des niveaux de langue, l’opposition des passages joués et des passages sincères, la juxtaposition de l’exagéré et du naturel, jusqu’au mélange des deux, jusqu’à l’équivoque au sens originel, qui place le oui et le non, le fictionnel et le réel, le joué et le vécu, à égalité de présence scénique ». (Michel Corvin) Á l’intérieur même de la pièce, les actrices changent de rôle et le spectateur devrait pouvoir se demander si ce qui se “déroule“ était “réellement prévu“. Il nous apparaît que ce texte contient quelque chose d’insolite et d’audacieux et il nous faut chercher dans la langue et dans les corps cette chose qui n’est pas “convenable“, qui est susceptible de provoquer un “malaise“. « Le jeu des actrices doit être un peu titubant. »

« Et si l’on veut représenter cette pièce à Epidaure ? Il suffirait qu’avant le début de la pièce les trois actrices viennent sur la scène et se mettent d’accord, sous les yeux des spectateurs, sur les recoins auxquels elles donneront les noms de : lit, fenêtre, penderie, porte, coiffeuse, etc. » Jean Genet, Comment jouer Les Bonnes

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